Note du réalisateur

Le matin du 15 juillet 2009, en écoutant les informations nationales à la radio, j’apprends l’ultimatum des ouvriers de l’usine New Fabris, dont je savais qu’elle se situait à quelques kilomètres de chez moi.

J’ai décidé de passer les voir et j’ai découvert, sidéré, la situation. J’ai passé la soirée avec eux. Progressivement, voyant que je restais, contrairement aux journalistes qui défilaient, les ouvriers en grève ont commencé à me parler plus franchement. Petit à petit, je comprenais leur histoire. Ayant noué des liens avec certains d’entre eux, je les ai accompagnés jusqu’au dénouement de l’occupation.

J’ai donc assisté, entre autres, aux assemblées générales, aux conférences de presse qui attireront de plus de plus de journalistes jusqu’au dénouement, à la manifestation dans Châtellerault et au vote final le 31 juillet 2009 déterminant l’issue du conflit : faire exploser l’usine ou accepter malgré tout la proposition du Ministre de l’industrie.

J’ai observé les journalistes au travail, cohabitant avec les ouvriers le temps d’une journée dans ce décor pour le moins surprenant. Ils arrivaient nombreux, installaient des plateaux improvisés entre les barricades de palettes. J’étais fasciné par toute leur fébrile activité.

Mais j’ai aussi participé à la vie quotidienne de cette usine occupée, ce qui m’a permis de m’entretenir avec les ouvriers et d’assister à leurs discussions et à leurs occupations dans ces moments intenses de leur vie.

Maintenant, deux ans se sont écoulés et certains d’entre eux sont devenus des amis, que je vois régulièrement. Je me suis intéressé de plus près au sort réservé aux ouvriers pendant cette période de crise financière.

Le point de vue des ouvriers

J’ai voulu raconter cette histoire du point de vue des ouvriers.

Mais si souvent, les films qui traitent des conflits sociaux s’arrêtent au dénouement du conflit, je propose ici d’aller à la rencontre des ouvriers deux ans après ce conflit éclair. J’ai voulu savoir en premier lieu ce qu’ils étaient devenus et comment ils avaient vécu « l’après » ? Je suis revenu sur le conflit avec toute la distance que leur donne ces deux années de réflexion.

Derrière cette lutte sociale, locale mais inscrite dans la mondialisation, spectaculaire et médiatisée pendant un mois, il y avait des hommes et des familles. Derrière leur action, il y avait un désespoir, mais aussi une grande détermination à ne pas disparaître dans l’anonymat, au fin fond de la zone industrielle Nord de Châtellerault. Au-delà de ce qu’ils imaginaient, ils ont réussi à faire entendre leurs petites voix. Au-delà de la somme d’argent qu’ils sont parvenus à obtenir, ils ont réussi le tour de force de négocier avec les dirigeants de Renault et PSA ainsi qu’avec le Ministre de l’Industrie. Un scénario finalement improvisé.

Avec « Au prix du gaz », j’ai raconté l’histoire d’une lutte ouvrière du XXIéme siècle, où la place des médias est devenue prépondérante dans les rapports sociaux. Le film  raconte comment la lutte a permis à ces hommes de garder une dignité, qu’ils estiment bien au-delà de toute compensation financière. C’est en partie cela qui les aide aussi à continuer à se battre et à se motiver pour reconstruire leur vie.